Les inégalités en agriculture
Aujourd’hui encore, les femmes paysannes, agricultrices, salariées agricoles et porteuses de projet rencontrent des freins spécifiques dans l’accès au métier, à la reconnaissance professionnelle, aux responsabilités et aux ressources économiques. Ces inégalités traversent l’ensemble des parcours agricoles et influencent durablement les conditions de travail, d’installation et d’engagement des femmes dans le monde rural.
Les constats réalisés par les réseaux agricoles, les associations de développement rural et les travaux de recherche montrent que ces inégalités ne relèvent pas de situations individuelles isolées. Elles s’inscrivent dans une organisation historique et sociale du secteur agricole, longtemps pensée au masculin. Les enjeux sont donc à la fois professionnels, économiques, sociaux et politiques.
Une invisibilisation historique du travail des femmes en agriculture
Pendant des décennies, le travail des femmes sur les fermes est resté peu reconnu, souvent considéré comme une aide familiale plutôt qu’une activité professionnelle à part entière. Le système agricole français s’est construit autour d’un modèle patriarcal où le chef d’exploitation était majoritairement un homme, tandis que les femmes participaient aux travaux agricoles sans bénéficier d’un véritable statut professionnel.
Cette invisibilisation a eu des conséquences concrètes :
- absence de droits sociaux ;
- faible accès à la retraite ;
- dépendance économique ;
- difficulté d’accès aux responsabilités ;
- manque de reconnaissance dans les instances agricoles.
Même si plusieurs avancées législatives ont permis une meilleure reconnaissance des agricultrices, les inégalités persistent aujourd’hui dans de nombreux domaines.
Des inégalités encore fortes dans le monde agricole
Les femmes représentent une part essentielle du travail agricole, mais elles restent sous-représentées dans les postes de décision et les exploitations les plus importantes. En France, les femmes représentent environ 29 % des actif·ves agricoles et seulement 26,7 % des chef·fes d’exploitation. De nombreuses femmes travaillant sur les fermes ne disposent toujours d’aucun statut reconnu.
Les écarts économiques restent également importants :
- revenus agricoles plus faibles ;
- pensions de retraite inférieures ;
- accès plus limité aux aides à l’installation ;
- difficultés accrues d’accès au foncier agricole ;
- moindre accès aux réseaux professionnels et techniques.
Les porteuses de projet agricole rencontrent aussi des obstacles spécifiques liés aux stéréotypes de genre, à la légitimité professionnelle ou encore à l’accès aux financements et aux formations techniques.
Une division genrée des rôles agricoles
Les inégalités en agriculture reposent également sur une division sexuée du travail encore très présente. Historiquement, les hommes ont été associés aux activités techniques, à la gestion des machines ou aux fonctions décisionnelles, tandis que les femmes étaient davantage assignées aux tâches administratives, au soin des animaux, à la transformation ou à l’accueil.
Ces représentations influencent encore aujourd’hui :
- l’orientation dans les formations agricoles ;
- la répartition des responsabilités sur les fermes ;
- l’accès à certaines productions ;
- la confiance en soi et le sentiment de légitimité.
Dans les parcours de formation agricole, les femmes restent davantage orientées vers les métiers du service, de la transformation ou de l’accueil, tandis que les filières techniques et mécanisées demeurent majoritairement masculines.
Des freins renforcés pour les porteuses de projet agricole
Les femmes qui souhaitent s’installer en agriculture, notamment celles qui ne sont pas issues du milieu agricole, doivent souvent faire face à des obstacles supplémentaires :
- difficulté d’accès au foncier ;
- manque de réseaux professionnels ;
- isolement ;
- accès limité aux savoirs techniques ;
- autocensure et manque de confiance ;
- sexisme ordinaire dans certains espaces agricoles.
Les porteuses de projet agricole sont confrontées à des mécanismes d’exclusion parfois invisibles : difficulté à prendre leur place dans les groupes professionnels, manque de reconnaissance de leurs compétences ou encore assignation à certains rôles considérés comme “féminins”. Ces réalités peuvent fragiliser les parcours d’installation et accentuer les inégalités professionnelles.
Quels enjeux pour l’avenir de l’agriculture ?
L’égalité entre les femmes et les hommes constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour l’avenir du monde agricole et rural. Favoriser l’accès des femmes à l’installation, aux responsabilités et aux ressources agricoles participe directement au renouvellement des générations agricoles, à la transition agroécologique et au maintien de fermes vivantes sur les territoires.
Réduire les inégalités en agriculture implique notamment :
- une meilleure reconnaissance du travail des femmes ;
- un accès plus équitable au foncier et aux aides ;
- une évolution des représentations professionnelles ;
- le développement de formations inclusives ;
- la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ;
- une transformation des pratiques agricoles et des organisations professionnelles.
Construire une agriculture plus juste, plus inclusive et plus durable passe aussi par une meilleure prise en compte des réalités vécues par les femmes paysannes, agricultrices, salariées agricoles et porteuses de projet dans l’ensemble des territoires ruraux.