Les six thèmes et la fleur de l’Agriculture paysanne
L’Agriculture paysanne est née de la réflexion des paysan·nes de la Confédération paysanne et la FADEAR. Elle propose des solutions afin que des paysan·nes nombreux·es vivent de leur travail et en conservent le sens : « Produire pour nourrir et non produire pour produire ».
Cette autre voie cherche à récréer des territoires vivants avec des fermes nombreuses et une activité agricole viable et désirable. Pour atteindre ces objectifs, l’Agriculture paysanne se base sur 6 piliers : le travail avec la nature, la qualité des produits, l’autonomie, la répartition, le développement local et la transmissibilité.
Cette vidéo présente l’Agriculture paysanne, à travers l’exemple de la Ferme de Segonds, en Aveyron, qui s’inscrit pleinement dans cette démarche autour des 6 thèmes.
Découvrez chacun des 6 thèmes dans les articles ci-après.
La répartition
La répartition est un thème emblématique du projet d’Agriculture paysanne.
Les paysan.ne.s en démarche d’Agriculture paysanne ont la volonté de répartir l’accès à la production afin de permettre au plus grand nombre d’accéder au métier et d’en vivre : le projet d’Agriculture paysanne est un projet avec des paysan.ne.s nombreux.euses, et il convient d’évaluer la place « physique » que prend chaque paysan.ne dans ce qui est globalement limité, c’est-à-dire :
- Les volumes de production par actif
- Les surfaces par actif
- Les aides PAC par actif
- ressources comme l’eau
Dans cette vidéo, Anne Déplaude, paysanne dans la Loire, nous explique comment ce principe de répartition se concrétise sur sa ferme.

Le travail avec la nature
Le.a paysan.ne travaille avec et pour la nature. Le projet d’Agriculture paysanne entend remettre au cœur des enjeux cette dimension.
Le thème « Travail avec la Nature » est fondamental en Agriculture paysanne car il inclut le maintien de la biodiversité cultivée et naturelle, la gestion des intrants et de la fertilité des sols, la protection et la gestion quantitative et qualitative de la ressource en eau, la gestion des risques de pollutions ainsi que la contribution des systèmes de production agricole au bilan GES et à l’atténuation des changements climatiques, sans oublier la gestion des espaces et des paysages.
Selon la façon dont on l’aborde, la nature peut être notre alliée comme notre ennemie. L’Agriculture paysanne considère qu’il faut la préserver tout en travaillant avec elle. En effet, elle appelle à la fois à la préservation des biens communs (biodiversité, eau, sol, paysage) et à la pérennisation de l’outil de travail du.de la paysan.ne. Il est alors nécessaire de concilier productivité agricole et gestion durable des espaces non cultivés. C’est un équilibre fragile à trouver entre ces deux composantes, qui peuvent parfois être en confrontation. L’impact de l’activité agricole sur son environnement, qu’il soit positif ou négatif, n’est pas à exclure. C’est pourquoi il est également indispensable de tenir compte de la gestion des risques : pollution, émissions de GES.
Dans cette vidéo, Mathieu Razy nous explique comment il met cela en pratique à la ferme des Bourettes, dans le Rhône.

La qualité des produits
La fonction première de l’agriculture est la production de denrées alimentaires en quantité et qualité suffisante.
La qualité des produits signifie produire de façon transparente pour les consommateur·ices, respecter les cycles naturels et le bien-être animal ou encore choisir un label qui nous correspond.
Cette qualité est multiple et peut se décliner en différents aspects (sanitaire, chimique, nutritionnelle, gustative). Cette qualité dépend avant tout des méthodes et moyens de production mis en œuvre sur la ferme. La qualité des produits doit être reconnue et identifiable.

La transmissibilité
La transmissibilité illustre principalement les dimensions sociales et économiques de l’agriculture. C’est un des grands défis auquel nous allons devoir faire face dans les années à venir.
Avoir une ferme transmissible, c’est permettre à quelqu’un de la reprendre, de vivre de son activité, donc de maintenir des paysan.nes nombreux.ses sur l’ensemble du territoire. Une ferme est facilement transmissible lorsqu’elle est attractive et "reprenable" économiquement.
Cela implique de limiter les agrandissements et les investissements qui seraient trop lourds pour que la ferme soit reprise, sécuriser son foncier, intégrer son temps de travail dans le calcul de son coût de production pour assurer la viabilité de la ferme et ne pas décourager des volontés d’installation.
Préparer la transmission, c’est aussi penser le partage des savoir-faire, l’accès au foncier et l’accompagnement des futur.es paysan.nes ou encore s’inscrire dans un réseau de solidarités.
Gaëtan Vallée nous explique comment il met cela en pratique à la Ferme des Franches Terres, près d’Amiens, dans la Somme.

Le développement local
Pour le réseau de l’Agriculture paysanne, être paysan.ne, c’est s’inscrire au cœur d’un projet de territoire. c’est aussi contribuer à la dynamique rurale.
Etre paysan.ne, ce n’est pas seulement exercer un métier à l’intérieur d’une ferme, ou n’avoir que des relations transparentes avec les consommateurs.trices. Etre paysan.ne, c’est aussi être un.e acteur.ice social.e, économique, citoyen.ne, ayant des impacts précis sur la dynamique territoriale. Si la pérennité de l’agriculture que nous souhaitons dépend pour partie de l’attitude des autres citoyen.ne.s, de leurs choix de consommation, l’avenir économique et social de notre territoire dépend aussi des paysan.ne.s, par leurs rapports aux autres, le choix de leurs relations sociales et économiques, leur contribution à la mise en valeur du territoire.
Manon Obriot et Edwin Delasalle nous expliquent comment ils mettent cela en pratique sur la ferme Graine et Grignote, dans l’Oise.

L’autonomie
L’autonomie est à la fois la capacité d’être maître de ses choix et la possibilité d’exercer cette capacité.
Elle illustre la façon dont les décisions sont prises sur la ferme, ainsi que le fonctionnement économique, technique et financier de celle-ci. L’autonomie s’applique à l’échelle de la ferme, de la région, du pays.
Autonomie en agriculture ne signifie pas autarcie. Au contraire, l’autonomie repose pour une grande part sur la recherche locale de partenaires, dans une logique de complémentarité, avec les autres acteurs du territoire. Il s’agit donc de valoriser au maximum les ressources humaines, techniques et financières présentes localement. L’autonomie repose sur le partenariat et la complémentarité entre les productions, les paysannes et paysans, les régions agricoles, les acteurs locaux, la société. Les collaborations et les projets collectifs sont au cœur de l’Agriculture paysanne.
De même, autonomie et soutien public ne s’opposent pas. Si nous sommes en mesure de comprendre les contraintes qui s’exercent sur l’action publique et celles qu’elle exerce sur nous, si nous sommes en mesure de les critiquer, les aides ne sont pas une dépendance mais la reconnaissance d’un travail utile pour la société. Et il est légitime et souhaitable que certains modes de production agricole soient soutenus par l’action publique.
