L’Agriculture paysanne
Construit dans le sens de l’intérêt général et raisonnée à long terme et de manière globale, le projet d’Agriculture paysanne est une réponse aux enjeux actuels et futurs de la société. Le maintien de paysan.ne.s nombreux.euses est une condition incontournable pour initier une transition agroécologique des fermes, qui a pour conséquence le respect de la nature, du climat, des Hommes et des animaux, et la production d’une alimentation saine et de qualité. L’Agriculture paysanne soutient notamment la relocalisation de l’alimentation, et la création de valeur ajoutée sur les fermes et dans les territoires. Elle est en ce sens un vecteur de développement économique local, et doit s’appuyer sur la recherche de partenariats de par ses interactions avec la société.
L’Agriculture paysanne participe avec les citoyennes et les citoyens à rendre le milieu rural vivant et à préserver un cadre de vie apprécié par toutes et tous.
Dans cette rubrique, partez à la découverte du projet d’Agriculture paysanne défendu par notre réseau.
Notre accompagnement
Afin de promouvoir l’Agriculture Paysanne, la FADEAR et son réseau proposent plusieurs outils d’accompagnement, auprès de plusieurs publics.
Évoluer dans ses pratiques et développer le projet d’Agriculture paysanne
Nos missions et compétences nous amènent à accompagner plusieurs types de publics :
- Les paysan.ne.s et futur·e·s paysan·ne·s en priorité, notamment en les aidant à faire le point sur leur ferme et à réfléchir à l’évolution de leurs pratiques via l’outil de Diagnostic Agriculture paysanne, ainsi qu’en aidant les porteurs.euses de projet à s’installer. La dimension collective est aussi une des valeurs portée par le réseau de l’Agriculture paysanne ainsi les ADEAR accompagnent des collectifs de paysan.ne.s dans l’évolution de leurs pratiques, mais aussi parfois dans le montage de nouveaux projets agricoles.
- Les lycées agricoles : certaines ADEAR proposent des interventions dans des classes de lycées d’agricoles afin de faire découvrir aux futur.e.s paysan.ne.s les enjeux de l’Agriculture paysanne : visite de ferme, réalisation en commun d’un Diagnostic, jeux sur l’Agriculture paysanne…
- Les collectivités locales : certaines ADEAR accompagnent la réflexion des collectivités locales souhaitant encourager sur leur territoire une agriculture plus paysanne, par exemple sur la gestion du foncier (établissement des plans locaux d’urbanisme…) ou encore sur les questions liées à la l’alimentation. Les ADEAR peuvent agir aux côtés des collectivités territoriales dans l’élaboration et la préconisation de politiques publiques agricoles et alimentaires.
Se former pour être bien dans son métier
La formation des paysan.ne.s revêt également un rôle central dans la promotion de l’Agriculture paysanne. Il est important de continuer à se former tout au long de sa carrière et de développer des compétences pour être en capacité de pouvoir exercer son métier de paysan.ne et de s’adapter à son évolution. Chaque année les ADEAR organisent des formations spécifiquement à destination des paysan·ne·s installé·e·s.
Nous mettons en place des modules de formations courts (1 à 6 jours) sur des thématiques au plus près de vos préoccupations : administratif, gestion financière, technique, stratégie commerciale.
Pour suivre une action de formation professionnelle au sein du réseau des ADEAR, vous pouvez solliciter une prise en charge par :
- Le fonds de formation Vivéa si vous êtes paysan.ne ou porteur.euse de projet dans le cadre du parcours à l’installation aidée en agriculture PAI-CEPPP,
- Votre Compte Personnel de Formation (CPF), quelque soit votre statut pour financer certains types d’actions de formation,
- L’Aide Individuelle à la Formation (AIF) (gérée par Pôle Emploi), si vous êtes demandeur.euse d’emploi,
- Le Fonds de formation professionnel pour lequel vous/votre employeur cotise actuellement (OPCO), si vous êtes salarié.e,
- Vos économies personnelles, seulement en dernier recours, pour contribuer au coût de la formation.
- Les collectivités locales (Région, Département, Métropole, Communauté et Grande Ville...) et certaines Fondations, peuvent intervenir dans le cofinancement de certains dispositifs de formation.

La Charte de l’Agriculture paysanne
La Charte de l’Agriculture paysanne a été finalisée en 1998 par la FADEAR.
La Charte est issue de plusieurs années de travail entre paysan.ne.s et chercheurs.euses pour définir des orientations agricoles permettant à des paysan.ne.s nombreux.euses de vivre de leur travail de façon durable.
Elle reprend les 8 principes politiques de l’Agriculture paysanne.

Le Diagnostic Agriculture paysanne
Notre projet politique s’incarne à travers notre Diagnostic Agriculture paysanne : un outil au service des paysans et des paysannes, pour échanger sur leurs pratiques.
Qu’est-ce que le Diagnostic Agriculture paysanne ?
Il est destiné à tout.e paysan.ne souhaitant faire un point sur sa ferme. Il s’agit avant tout d’un outil de réflexion, permettant au.à la paysan.ne d’estimer comment ses pratiques se situent dans le cadre de l’Agriculture paysanne et quelles sont ses marges de progrès. Au fur et à mesure des années, des adaptations par production ont vu le jour (polyculture-élevage, maraîchage, arboriculture, viticulture, apiculture), ainsi qu’un supplément "transmission" pour accompagner les paysan.ne.s bientôt à la retraite dans leur réflexion sur la transmission de leur ferme.
Derrière l’outil, une réflexion selon les 6 thèmes de l’Agriculture « paysanne »
Les critères et indicateurs sont affectés d’une notation qui tient compte de leur importance et de la nécessité de ne pas dépasser le nombre de points attribués à chaque thème. Les thèmes sont notés soit sur 60 soit sur 40 points selon leurs interactions les uns avec les autres, pour arriver à une notation globale sur 300 points. Le résultat d’un diagnostic se présente de façon synthétique sous la forme d’une fleur à six pétales, chaque pétale symbolisant l’un des six thèmes. La taille de chaque pétale est proportionnelle au nombre de points atteints sur le thème correspondant.
L’ensemble, thèmes (et critères et indicateurs), constitue une grille globale d’analyse des systèmes de production qui permet de se situer au sein de la démarche vers l’Agriculture paysanne. L’objectif de n’est donc pas d’opérer un jugement du.de la paysan·ne mais bien d’appréhender le fonctionnement de sa ferme et lui donner les moyens, individuels ou collectifs, de progresser dans une démarche d’agriculture paysanne dans son intérêt et celui de la société.
Quelle forme prend-t-il ?
Le Diagnostic se présente désormais sous la forme d’un logiciel en ligne.
Il peut se réalisé seul, en groupe, accompagné ou non. Un Manuel permet de guider sa progression : il explique les attentes derrière chaque question.
Nous disposons au niveau national d’une base de données qui compte aujourd’hui plus de 650 diagnostics.
Le Diagnostic étant réalisé avec l’aide d’un.e animateur.trice du réseau, n’hésitez pas à prendre contact avec l’ADEAR la plus proche de chez vous.

L’histoire du projet d’Agriculture paysanne
Dès le début des années 90, des groupes de paysan.ne.s dans des départements ou des régions travaillaient à la réalisation de répertoires de fermes créatrices de valeur ajoutée, d’emploi, de qualité et respectueuses de l’environnement ; en un mot, des fermes considérées comme « représentatives » de l’agriculture durable ou de l’Agriculture paysanne.
A l’initiative de la FADEAR, une rencontre nationale des groupes travaillant sur ces répertoires fut organisée en novembre 1996. L’objectif était de mettre en commun les travaux des uns et des autres pour aller plus loin dans la vulgarisation de ce type d’agriculture alternative. A cette occasion, il a été décidé de définir plus précisément le concept d’Agriculture paysanne. En effet, il était nécessaire d’avoir une définition positive de ce qu’est cette agriculture dans ses fondements, ses principes, ses systèmes et ses pratiques.
Un groupe de travail d’une quinzaine de paysan.ne.s a donc été créé en 1997 au niveau national pour tenter d’élaborer une « Charte de l’Agriculture paysanne ». La méthode était basée sur un aller-retour entre le groupe national et les groupes départementaux. Ont été associés à cette élaboration, différentes personnes qui ont pu apporter leurs compétences : enseignants, chercheurs, experts en diagnostic agro-environnemental, etc.
Ce projet s’est déroulé selon trois phases principales :
- De 1997 à 1999 : élaboration d’un outil d’analyse des exploitations agricoles : la Charte de l’Agriculture paysanne. Ce document définit l’Agriculture paysanne, explique en quoi ce type d’agriculture constitue une démarche vers laquelle il faut tendre, et présente une grille d’analyse globale des systèmes de production selon ses trois dimensions (sociale, économique et environnementale). On observait alors les prémices de l’outil actuel : le Diagnostic Agriculture paysanne.
- De 1999 à 2001 : élaboration d’un outil informatique assurant la collecte et le traitement des données d’enquêtes. Ce tableur permettait à l’époque de collecter l’ensemble des données, qualitatives et quantitatives nécessaires au Diagnostic Agriculture paysanne, réaliser les calculs et effectuer directement le rendu à partir duquel le travail d’analyse des systèmes pouvait démarrer, individuellement mais surtout de manière collective. En parallèle, un vaste travail de transfert de compétences vers les paysan.ne.s et les animateurs.trices des départements a été réalisé, grâce à des formations sur la Charte de l’Agriculture paysanne et sur l’utilisation de l’outil informatique.
- En 2001 et 2002 : de nombreuses enquêtes ont été réalisées par les associations départementales ou régionales adhérentes à la FADEAR. Utilisant la Charte comme socle politique, ces groupes de terrain ont réalisé des enquêtes sur des systèmes de production variés et ont entamé un travail d’analyse collectif de ces diagnostics.
Aujourd’hui, le Diagnostic est devenu l’outil emblématique de notre réseau. Le tableur excel a laissé la place à un logiciel en ligne, support d’échange et de réflexion entre pairs, pour permettre un développement de l’Agriculture paysanne sur l’ensemble du territoire.

L’Agriculture paysanne : au-delà des clichés
Petit tour d’horizons des questions que l’on peut parfois se poser sur l’Agriculture paysanne.
Avec les crises que connait le secteur, le pari de l’Agriculture paysanne est-il risqué ?
Au contraire : la démarche d’Agriculture paysanne aide à mieux résister aux crises. Elle permet au paysan.ne de renforcer son autonomie, de diversifier son système de production et de valorisation, et de développer ses liens au territoire.
La crise laitière de 2009, par exemple, a montré que les fermes qui s’en sortent le mieux sont les plus autonomes financièrement et techniquement, donc pas forcement les plus grosses !
La crise actuelle rappelle à quel point nous sommes fragilisés quand nous sommes dépendants d’un fournisseur industriel ou d’une seule filière de commercialisation dans laquelle les prix sont fixés sans lien avec le coût de notre travail.
Elle démontre aussi que le soutien à une une mécanisation ou un agrandissement excessifs par la fiscalité et les aides publiques peut finir par affaiblir les agriculteurs.trices, trop endetté.e.s.
L’Agriculture paysanne, c’est un label ?
Non, c’est une démarche qui invite à se poser des questions sur sa façon de travailler et non une validation des modes de production. L’Agriculture paysanne ne peut donc pas être un label à vocation commerciale mais elle reconnait l’intérêt des labels comme garantie pour les consommateurs.trices. L’Agriculture paysanne encourage les paysan.ne.s à travailler en transparence. Si les labels sont une façon d’y contribuer, ce n’est pas la seule : ouvrir sa ferme au public, établir des liens directs avec la population, partager ses pratiques avec d’autres sont de bons moyens de s’améliorer, d’être fier de son travail et de se souvenir des raisons pour lesquelles on le fait.
L’Agriculture paysanne est aussi un outil d’aide à la décision pour d’autres acteurs : les collectivités territoriales par exemple peuvent s’en servir pour créer des cahiers des charges de restauration collective ou d’aide à l’installation de nouveaux.elles paysan.ne.s.
Si ce n’est pas un label, le terme est tout de même déposé auprès de l’INPI par notre réseau.
Paysan.ne… : comme au moyen âge ?
Les paysan.ne.s qui ont conçu l’Agriculture paysanne n’ont pas refusé la modernisation qui les aidait dans leur travail, au contraire. En revanche, ils ont refusé ce qui leur était vendu comme du « progrès » mais qui au contraire entretenait un lien de dépendance et une déconnexion au territoire : intensification, intégration, OGM... Le terme de paysan.ne a d’ailleurs été choisi car il renvoie au pays : pas seulement la terre, pas seulement l’« exploitation », mais le pays qui vit par les femmes et les hommes qui le font.
Pourquoi est-ce important d’avoir des paysan.ne.s nombreux.euses ?
C’est important d’un point de vue économique et social. Sur la même surface totale, un plus grand nombre de fermes permet de produire plus de valeur ajoutée qu’une seule grande ferme et représente plus d’emplois. C’est aussi important pour les paysan.ne.s ...Cela leur permet de bénéficier d’un service agricole commun et de pouvoir s’associer à d’autres, pour faire des économies en achetant du matériel groupé ou pour se dégager du temps libre, pour s’entraider, pour pouvoir un jour transmettre sa ferme. Du point de vue du.de la citoyen.ne, cela maintient un tissu rural vivant et un lien humain entre les consommateurs.trices et les producteurs.trices !

L’Agriculture paysanne et la PAC
Pour se développer sur les territoires, l’Agriculture paysanne a besoin de politiques ambitieuses et protectrices, au niveau national et au niveau européen, à travers la PAC notamment. Pour chacun des six axes, la PAC peut-être un levier d’accompagnement et de progrès.
L’Agriculture paysanne est née de la réflexion des paysan·nes de la Confédération paysanne et la FADEAR. Elle propose des solutions afin que des paysan·nes nombreux·es vivent de leur travail et en conservent le sens : « Produire pour nourrir et non produire pour produire ».
Cette autre voie cherche à récréer des territoires vivants avec des fermes nombreuses et une activité agricole viable et désirable. Pour atteindre ces objectifs, l’Agriculture paysanne se base sur 6 piliers : le travail avec la nature, la qualité des produits, l’autonomie, la répartition, le développement local et la transmissibilité.
Cette vidéo présente l’Agriculture paysanne, à travers l’exemple de la Ferme de Segonds, en Aveyron, qui s’inscrit pleinement dans cette démarche autour des 6 thèmes.
Dans cet article, nous détaillons le lien entre les 6 axes de la démarche Agriculture paysanne et la Politique Agricole Commune.
Le travail avec la nature
L’Agriculture paysanne repose sur l’équilibre du vivant, la protection des ressources naturelles, la restauration et la valorisation de la biodiversité. Elle cherche aussi à s’adapter au dérèglement climatique et à atténuer ses effets en proposant des solutions. Les communs comme l’eau ou les sols sont limités et menacés. L’Agriculture paysanne vise à les économiser, les protéger et les partager.
Pour soutenir les fermes qui s’engagent de ces démarches, la PAC peut accompagner les transitions et rémunérer les services rendus : agriculture biologique, élevage à l’herbe et en plein air, pastoralisme, légumineuses, haies, diminution des pesticides, etc. Si les outils existent dans la PAC (éco-régimes, mesures agro-environnementales et climatiques, aides à la conversion bio, etc.), ils sont largement perfectibles et pourraient cibler encore davantage les systèmes qui s’inscrivent dans une démarche globale de transition.
Dans cette vidéo, Mathieu Razy nous explique comment il met cela en pratique à la ferme des Bourettes, dans le Rhône.
La qualité des produits
Cela signifie produire de façon transparente pour les consommateur·rices, respecter les cycles naturels et le bien-être animal ou encore choisir un label qui nous correspond.
La PAC peut soutenir la qualité des produits de différentes manières. En soutenant les systèmes d’élevages en plein-air ou l’élevage à l’herbe, les aides de la PAC peuvent contribuer activement à soutenir l’élevage paysan et donc le bien-être animal.
Concernant les labels, la PAC permet de soutenir l’agriculture biologique, particulièrement intéressante car sans pesticides, ni intrants de synthèse ni OGM. Le cadre européen permet de soutenir ce modèle. La France peut et doit destiner davantage de moyens à ce mode de production.
L’autonomie
En Agriculture paysanne, il est également primordial de pouvoir rester maitre des décisions à prendre sur sa ferme. Cela signifie limiter les achats en semences et en aliments pour animaux, préférer les produire soi-même et valoriser les ressources locales, limiter sa dépendance aux énergies fossiles et le suréquipement technologique et numérique, mais également maîtriser son endettement et sa dépendance aux aides.
La PAC soutient les investissements via des aides spécifiques. Il est possible d’orienter ces aides pour financer des investissements sobres et qui favorisent l’autonomie. Les aides peuvent également être allouées prioritairement aux systèmes qui favorisent les économies d’intrants et d’aliments (élevage à l’herbe ou production de fourrage, rotation des cultures pour limiter la consommation de pesticides et d’engrais de synthèse, etc.). Il est possible par exemple, pour les aides couplées animales, de rémunérer plus fortement les animaux qui seraient nourris à l’herbe, ce qui favorise l’autonomie.
La répartition
Un des axes clés de l’Agriculture paysanne repose sur le fait de pouvoir répartir équitablement les volumes et mes moyens de production, notamment du foncier et des autres ressources. Cela signifie pouvoir dégager un revenu suffisant sur une surface et des tailles d’ateliers raisonnables pour permettre à d’autres paysan·nes de travailler et améliorer sa marge nette par unité produite en limitant la capitalisation.
Cette juste répartition de la production doit garantir un accès à un travail et à un revenu décent et permettre l’accès au métier au plus grand nombre sur des fermes à taille humaine.
Sur ce point, un des leviers majeurs réside dans la répartition des aides de la PAC, qui passe par la dégressivité et le plafonnement des aides avec un ciblage à « l’agriculteur actif » plutôt que vers les surfaces. En attendant de pouvoir cibler les aides sur les actifs plutôt que les hectares, le paiement redistributif majorant les aides sur les premiers hectares de chaque ferme reste l’outil le plus pertinent pour assurer une meilleure répartition. Le paiement redistributif, aussi appelé aide redistributive, est une aide découplée d’un montant fixe au niveau national, payée sur les 52 premiers hectares admissibles des fermes éligibles (taille moyenne des exploitations en 2010). En concentrant les aides sur les premiers hectares, le paiement redistributif vise à soutenir les fermes à taille humaine et donc l’emploi.
Dans cette vidéo, Anne Déplaude, paysanne dans la Loire, nous explique comment ce principe de répartition se concrétise sur sa ferme.
Le développement local
L’Agriculture paysanne œuvre également à favoriser le développement local : entrer dans un réseau local de partage agricole, ouvrir sa ferme régulièrement au public, s’investir dans la vie citoyenne.
Sur ce plan, la PAC ne dispose pas de beaucoup de levier à l’échelle de la ferme. Certaines du second pilier de la PAC permettent néanmoins de financer des initiatives rurales agricoles ou non agricoles portées par des associations ou des collectifs qui visent à préserver la vitalité des territoires, via des actions de formation, de sensibilisation ou d’information.
La transmissibilité
Enfin, le dernier axe structurant de l’Agriculture paysanne réside dans la capacité à se donner les moyens de transmettre sa ferme aux nouvelles générations. Cela implique de limiter les agrandissements et les investissements qui seraient trop lourds pour que la ferme soit reprise, sécuriser son foncier, intégrer son temps de travail dans le calcul de son coût de production pour assurer la viabilité de la ferme et ne pas décourager des volontés d’installation. Cela nécessite également de rendre la ferme agréable à vivre et s’inscrire dans un réseau de solidarités.
Sur ce point, il faut favoriser les dispositifs d’aide de la PAC qui limitent les logiques d’agrandissement et de concentration, mais également renforcer l’accessibilité des aides à l’installation.
En 2015, une nouvelle mesure de la PAC a été créée pour soutenir l’installation des jeunes agriculteur·rices, dans le 1er pilier de la PAC, avec une majoration des aides à la surface d’environ 100 euros/ha sur les premiers 34 hectares de chaque ferme. À la demande de la Confédération paysanne, cette aide à l’hectare a été remplacée depuis 2023 par « l’aide complémentaire jeune agriculteur » (ACJA), d’un montant fixe quelle que soit la taille de la ferme. Cette aide forfaitaire destinée aux jeunes installé·es constitue un premier pas vers une PAC qui installe, plutôt qu’une PAC qui favorise l’agrandissement, et constitue un complémentaire intéressant à la Dotation Jeune Agriculteur (DJA), désormais ouverte aux personnes de plus de 40 ans dans certaines Régions.
En vidéo
PAC et Agriculture paysanne
L’Agriculture paysanne est née de la réflexion des paysan·nes de la Confédération paysanne et la FADEAR. Elle propose des solutions afin que des paysan·nes nombreux·es vivent de leur travail et en conservent le sens : « Produire pour nourrir et non produire pour produire ».
Cette autre voie cherche à récréer des territoires vivants avec des fermes nombreuses et une activité agricole viable et désirable. Pour atteindre ces objectifs, l’Agriculture paysanne se base sur 6 piliers : le travail avec la nature, la qualité des produits, l’autonomie, la répartition, le développement local et la transmissibilité.
Cette vidéo présente l’Agriculture paysanne, à travers l’exemple de la Ferme de Segonds, en Aveyron, qui s’inscrit pleinement dans cette démarche autour des 6 thèmes.
Pour se développer sur les territoires, l’Agriculture paysanne a besoin de politiques ambitieuses et protectrices, au niveau national et au niveau européen, à travers la PAC notamment. Pour chacun des six axes, la PAC peut-être un levier d’accompagnement et de progrès.
Dans cet article, nous détaillons le lien entre les 6 axes de la démarche Agriculture paysanne et la Politique Agricole Commune.
Le travail avec la nature
L’Agriculture paysanne repose sur l’équilibre du vivant, la protection des ressources naturelles, la restauration et la valorisation de la biodiversité. Elle cherche aussi à s’adapter au dérèglement climatique et à atténuer ses effets en proposant des solutions. Les communs comme l’eau ou les sols sont limités et menacés. L’Agriculture paysanne vise à les économiser, les protéger et les partager.
Pour soutenir les fermes qui s’engagent de ces démarches, la PAC peut accompagner les transitions et rémunérer les services rendus : agriculture biologique, élevage à l’herbe et en plein air, pastoralisme, légumineuses, haies, diminution des pesticides, etc. Si les outils existent dans la PAC (éco-régimes, mesures agro-environnementales et climatiques, aides à la conversion bio, etc.), ils sont largement perfectibles et pourraient cibler encore davantage les systèmes qui s’inscrivent dans une démarche globale de transition.
Dans cette vidéo, Mathieu Razy nous explique comment il met cela en pratique à la ferme des Bourettes, dans le Rhône.
La qualité des produits
Cela signifie produire de façon transparente pour les consommateur·rices, respecter les cycles naturels et le bien-être animal ou encore choisir un label qui nous correspond.
La PAC peut soutenir la qualité des produits de différentes manières. En soutenant les systèmes d’élevages en plein-air ou l’élevage à l’herbe, les aides de la PAC peuvent contribuer activement à soutenir l’élevage paysan et donc le bien-être animal.
Concernant les labels, la PAC permet de soutenir l’agriculture biologique, particulièrement intéressante car sans pesticides, ni intrants de synthèse ni OGM. Le cadre européen permet de soutenir ce modèle. La France peut et doit destiner davantage de moyens à ce mode de production.
L’autonomie
En Agriculture paysanne, il est également primordial de pouvoir rester maitre des décisions à prendre sur sa ferme. Cela signifie limiter les achats en semences et en aliments pour animaux, préférer les produire soi-même et valoriser les ressources locales, limiter sa dépendance aux énergies fossiles et le suréquipement technologique et numérique, mais également maîtriser son endettement et sa dépendance aux aides.
La PAC soutient les investissements via des aides spécifiques. Il est possible d’orienter ces aides pour financer des investissements sobres et qui favorisent l’autonomie. Les aides peuvent également être allouées prioritairement aux systèmes qui favorisent les économies d’intrants et d’aliments (élevage à l’herbe ou production de fourrage, rotation des cultures pour limiter la consommation de pesticides et d’engrais de synthèse, etc.). Il est possible par exemple, pour les aides couplées animales, de rémunérer plus fortement les animaux qui seraient nourris à l’herbe, ce qui favorise l’autonomie.
La répartition
Un des axes clés de l’Agriculture paysanne repose sur le fait de pouvoir répartir équitablement les volumes et mes moyens de production, notamment du foncier et des autres ressources. Cela signifie pouvoir dégager un revenu suffisant sur une surface et des tailles d’ateliers raisonnables pour permettre à d’autres paysan·nes de travailler et améliorer sa marge nette par unité produite en limitant la capitalisation.
Cette juste répartition de la production doit garantir un accès à un travail et à un revenu décent et permettre l’accès au métier au plus grand nombre sur des fermes à taille humaine.
Sur ce point, un des leviers majeurs réside dans la répartition des aides de la PAC, qui passe par la dégressivité et le plafonnement des aides avec un ciblage à « l’agriculteur actif » plutôt que vers les surfaces. En attendant de pouvoir cibler les aides sur les actifs plutôt que les hectares, le paiement redistributif majorant les aides sur les premiers hectares de chaque ferme reste l’outil le plus pertinent pour assurer une meilleure répartition. Le paiement redistributif, aussi appelé aide redistributive, est une aide découplée d’un montant fixe au niveau national, payée sur les 52 premiers hectares admissibles des fermes éligibles (taille moyenne des exploitations en 2010). En concentrant les aides sur les premiers hectares, le paiement redistributif vise à soutenir les fermes à taille humaine et donc l’emploi.
Dans cette vidéo, Anne Déplaude, paysanne dans la Loire, nous explique comment ce principe de répartition se concrétise sur sa ferme.
Le développement local
L’Agriculture paysanne œuvre également à favoriser le développement local : entrer dans un réseau local de partage agricole, ouvrir sa ferme régulièrement au public, s’investir dans la vie citoyenne.
Sur ce plan, la PAC ne dispose pas de beaucoup de levier à l’échelle de la ferme. Certaines du second pilier de la PAC permettent néanmoins de financer des initiatives rurales agricoles ou non agricoles portées par des associations ou des collectifs qui visent à préserver la vitalité des territoires, via des actions de formation, de sensibilisation ou d’information.
La transmissibilité
Enfin, le dernier axe structurant de l’Agriculture paysanne réside dans la capacité à se donner les moyens de transmettre sa ferme aux nouvelles générations. Cela implique de limiter les agrandissements et les investissements qui seraient trop lourds pour que la ferme soit reprise, sécuriser son foncier, intégrer son temps de travail dans le calcul de son coût de production pour assurer la viabilité de la ferme et ne pas décourager des volontés d’installation. Cela nécessite également de rendre la ferme agréable à vivre et s’inscrire dans un réseau de solidarités.
Sur ce point, il faut favoriser les dispositifs d’aide de la PAC qui limitent les logiques d’agrandissement et de concentration, mais également renforcer l’accessibilité des aides à l’installation.
En 2015, une nouvelle mesure de la PAC a été créée pour soutenir l’installation des jeunes agriculteur·rices, dans le 1er pilier de la PAC, avec une majoration des aides à la surface d’environ 100 euros/ha sur les premiers 34 hectares de chaque ferme. À la demande de la Confédération paysanne, cette aide à l’hectare a été remplacée depuis 2023 par « l’aide complémentaire jeune agriculteur » (ACJA), d’un montant fixe quelle que soit la taille de la ferme. Cette aide forfaitaire destinée aux jeunes installé·es constitue un premier pas vers une PAC qui installe, plutôt qu’une PAC qui favorise l’agrandissement, et constitue un complémentaire intéressant à la Dotation Jeune Agriculteur (DJA), désormais ouverte aux personnes de plus de 40 ans dans certaines Régions.